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Dictionnaire roumain-français en ligne — un instrument fiable ?

Posté par Constanta-Ecaterina Naidin le 2 mai 2011

Il y a quelques mois, pendant un débat télévisé, un animateur qui parlait du zèle d’un certain ministre, qui voulait établir le montant de l’allocation d’aide sociale en fonction, entre autres, du nombre de volailles qu’un éventuel bénéficiaire aurait pu compter dans sa basse‑cour, s’est amusé en tombant sur le mot « bibilică ». Pour je ne sais quelle raison il a voulu savoir le correspondant de ce mot en français.

 Non, ce n’était pas Mircea Badea, vous connaissez, cet animateur qui parsème son discours de l’inimitable « qu’est-ce que c’est ça ? » et que j’aime tant, non seulement parce qu’il a fait une superbe présentation du succès de mes élèves au concours Olyfran, mais bien plus parce que, parmi tant d’adeptes des anglicismes savamment insérés dans n’importe quel type de communication, lui, il ne cesse d’affirmer sa francophonie, dans son style unique, plein d’humour et d’ironie sur tout ce qu’il analyse de sa « petite table ». Il est dans ma conviction que cet homme de télévision fait la plus grande publicité pour l’étude du français en Roumanie, en éclipsant les efforts de la pléthore des fonctionnaires qui œuvrent dans ce sens. Ça y est, je me devais depuis longtemps cette marque de reconnaissance pour celui qui a magnifiquement salué le travail et le succès de ces élèves du milieu rural que tout le monde associe, malheureusement, à la pauvreté ou à la médiocrité.

 Mais revenons à nos volailles. Notre animateur reprend une explication que quelqu’un lui avait envoyée par courriel et annonce triomphalement le correspondant français de l’incriminé volatile : guinée. Je reste interdite, car j’attendais le mot  pintade. Moi, qui connais tant de mots français, je commence à douter des possibilités de ma mémoire et je me mets à fouiller mes dictionnaires pour repérer ce nouveau mot, en essayant les variantes guinet, guiné et guinée. Mais ces dictionnaires, de très honorables Larousse ou Robert, me renseignent uniquement sur « Guinée », qui est soit un pays soit une monnaie. Je suis inspirée et je consulte le premier dictionnaire roumain-français en ligne et, voilà, je trouve la source probable de la guinée, possible synonyme de pintade. J’examine d’autres dictionnaires franco‑roumains en ligne ou roumano‑français (la graphie roumaino-français semble également être acceptée) et je constate qu’il y en a qui donnent le correspondant pintade, sans pourtant renoncer à guinée, et qui introduisent le syntagme poule de Guinée. Je fais une recherche d’images sur internet et je trouve en effet identité entre pintade  et poule de Guinée. Nulle part quand même identité entre pintade et guinée et, surprise, je découvre une autre volaille que les Français semblent appeler de ce mot : l’oie de Guinée. Les nombreux « œufs de guinée » « pondus » sur internet ou les « oisons de guinée » ne me conduisent qu’à l’oie et non à la pintade.

 En avez-vous assez de ce long morceau de bravoure sur l’identité des gallinacés ou des palmipèdes de la basse-cour ? Patientez, l’histoire continue. Nous connaissons tous la tradition roumaine de casser les œufs de Pâques teints en rouge, en les heurtant l’un contre l’autre. Ce sont surtout les enfants qui s’en amusent beaucoup et ils prennent ce jeu comme un combat où casser l’œuf de son copain représente une grande victoire. Et il y a toujours parmi eux de petits tricheurs qui se servent d’œufs en bois ou en porcelaine pour gagner. Il y a aussi les célèbres œufs de pintade dont la coquille est très dure et qui sont imbattables dans une telle « confrontation ». Cette année, après les Pâques, voulant me faire plaisir, mes élèves ont commencé à me parler « des œufs de guinée » pour me décrire… les œufs de pintade. Ah non, encore cette sacrée guinée ! Ils avaient trouvé le mot dans le même dictionnaire consulté par moi‑même il y avait déjà quelque temps auparavant.

 Et nous sommes revenus ensemble à ces dictionnaires. Pour constater que la guinée est la moins importante des erreurs que ces dictionnaires contiennent. Par exemple, ils ne font pas distinction entre adjectif et adverbe. Pour un mot comme vehement, on n’y trouve que l’entrée véhément  ou la locution avec véhémence. L’adverbe véhémentement, nous l’avons trouvé dans la variante franco-roumaine de ces dictionnaires. Pour les homonymes, une seule entrée. Aucune information sur la classe grammaticale, sur la catégorie grammaticale, sur le niveau de langue, sur le domaine terminologique ou sur la prononciation. Aucun contexte, aucun renvoi. Bref, un brouillon de l’internet qui se donne le nom de « dicţionar » ou de « dictionnaire » et qui représente un vrai danger pour nos élèves. Par propre expérience, je sais qu’il est très difficile de se débarrasser d’une faute de langue, une fois acquise. Mais ça, c’est une autre histoire.

L’important c’est d’attirer l’attention de nos élèves sur le manque de fiabilité de ces dictionnaires, malheureusement de plus en plus accessibles, et de les orienter vers des dictionnaires professionnels, telles les versions papier des grands dictionnaires français ou des dictionnaires édités en Roumanie. S’ils trouvent quand même l’internet plus commode, la variante française du Lexilogos répond très bien à l’intérêt d’un apprenant intermédiaire ou avancé. Pour les débutants, les banques d’images comme celles du CRDP de Bourgogne ou du Picto canadien feront très bien l’affaire.


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